mercredi 1 novembre 2017

Les archives du procès de Klaus Barbie, un voile levé sur une page sombre de l’histoire de l’Occupation à Lyon

Lyon reste la capitale de la Résistance et donc la ville où durant la seconde guerre mondiale le régime Nazi s’est montré particulièrement zélé dans ses crimes et exactions.
Les mémoires du procès : Klaus Barbie devant la Justice, c’est sous ce titre que les
Archives du département du Rhône et de la Métropole de Lyon, du 15 septembre 2017 au 2 février 2018, réalisent une exposition exceptionnelle. 
Elle est visible au 34 rue Général Mouton-Duvernet, 69003 Lyon – contact : archives@rhone.fr


L’exposition est réalisée en partenariat avec le Mémorial national de la prison de Montluc, elle complète celle présentée au Mémorial.

A partir des archives du procès de Klaus Barbie conservées aux Archives départementales et métropolitaines, et de documents complémentaires issus en particulier du fonds du mémorial de la Shoah (à Paris) et des archives nationales de France, l’exposition propose de s’interroger sur la constitution des témoignages de ce procès, son écho à Lyon et au-delà, et ses répercussions à court et à long terme.


Le rassemblement des témoignages commence dès les années d’Occupation, et se poursuit autour d’organismes spécialisés après la Guerre ; c’est en particulier le sens du « Mémorial de l’Oppression » à Lyon. Les victimes entament alors un long travail de reconstitution. Si dès 1972, l’image de Klaus Barbie réfugié en Bolivie apparaît sur les écrans de télévision, onze années seront encore nécessaires avant qu’il soit ramené et incarcéré sur le sol français, et quatre années avant que s’ouvre le procès pour crime contre l’humanité autour de la rafle au siège de l’UGIF du 9 février 1943, de la déportation des enfants d’Izieu le 6 avril 1944 et de l’organisation du convoi du 11 août 1944 de crimes contre l’Humanité.
Le procès s’ouvre le 11 mai 1987 pour se clore le 4 juillet 1987 devant la Cour d’assises du Rhône. Pour la première fois, il est filmé dans son intégralité, en application d’une loi votée en 1985, créant les archives audiovisuelles de la Justice, témoignage mais surtout preuve de l’événement, qui rend de manière plus sensible l’émotion de la parole des témoins. L’écho du procès est considérable à Lyon et bien au-delà.
Au-delà du verdict, ce procès, pour l’histoire et la mémoire, ouvre la voie à une réflexion en profondeur sur les événements de la Seconde guerre mondiale en France et l’accès aux archives de cette période, suscitant des questions qui se poursuivent encore aujourd’hui.
Des ateliers pédagogiques et des visites aux scolaires peuvent être organisées sur simple demande autour de l’exposition.

UNE CONSERVATION HISTORIQUE DES ARCHIVES DU PROCES BARBIE
Bruno Galland, directeur des Archives du Département du Rhône et de la Métropole de Lyon supervise l’exposition qui se tient dans ses murs.
Il précise : « Les dossiers des affaires portées devant les juridictions établies dans le département du Rhône et la métropole de Lyon sont destinés, lorsque leur intérêt historique le justifie, à être conservés aux Archives départementales et métropolitaines. Les archives du procès de Klaus Barbie n’échappent pas à cette règle. En 1988, toutes les étapes du procès étant closes, les archives ont d’abord été conservées au sein du parquet général de la cour d'appel, dans les locaux du palais de justice. Pendant cette période de 23 ans, le parquet a régulièrement communiqué certaines pièces du dossier à des historiens, des journalistes et des avocats pour l'élaboration d'ouvrages ou de reportages. Le 13 octobre 2011, les dossiers sont enfin versés aux Archives départementales ; le classement est alors entrepris ».

Les archives du procès Barbie constituent aujourd’hui le versement 4544 W, qui occupe quelques 7 mètres linéaires. L’ensemble est structuré autour de trois grandes parties :
  • l’instruction du procès : enquêtes préliminaires, pièces de procédure, avec notamment les pièces de fond sur les différentes affaires ; c’est dans cette partie que l’on trouve les pièces majeures qui ont servi à établir les chefs d’accusation (on sait cependant que certaines pièces n’y sont pas conservées : le célèbre « télex d’izieu » produit par Serge Klarsfeld est au mémorial de la Shoah, à Paris) ;
  • le procès en cour d’assises : réception des parties civiles, liste des témoins, déroulement et organisation matérielle, participation du public ;
  • les pourvois en cassation, notamment le pourvoi de Klaus Barbie rejeté par arrêt du 3 juin 1988.

En application des dispositions du Code du patrimoine, les dossiers des affaires portées devant les juridictions ne sont communicables qu’au terme d’un délai de 75 ans ; une dérogation reste donc nécessaire pour accéder aujourd’hui à ces dossiers.

L’inventaire est consultable en ligne et, à l’occasion de l’exposition qui sera présentée à compter du 14 septembre aux Archives départementales et métropolitaines, certains documents pourront également être mis en ligne.

Le Mémorial de Montluc, 4 rue Jeanne Hachette, 69003 Lyon, organise jusqu’en 2018 un itinéraire retraçant le procès historique de Klaus Barbie à Lyon. C’est à un parcours dans le chemin de ronde intérieur, où se trouve le funeste mur des fusillés, que le visiteur est appelé. Des panneaux synthétiques et forts bien documentés en texte et iconographie retracent les méfaits du criminel nazi Klaus Barbie avec une évocation de ses victimes et des témoins qui vinrent à Lyon témoigner.





Jean-Pierre TROADEC


Illustrations avec l’aimable autorisation des Archives du département du Rhône et de la Métropole de Lyon que nous remercions tout particulièrement. DR. Sources Archives du département du Rhône et de la Métropole de Lyon. Les archives du procès Klaus Barbie sont sous le versement de référence 4445W et comportent des milliers de pièces sur 7 mètres linéaires.


Zooms
LYON FOYER DE RESISTANCE
Lyon, durant la Seconde Guerre mondiale, joue un rôle important dans l'histoire française. Située en zone libre jusqu'en 1942 et très proche de la ligne de démarcation, la ville accueille de nombreux réfugiés et devient un foyer de Résistance précoce et important. Particulièrement marquée par la répression, surtout après l'invasion de la zone sud en novembre 1942, Lyon est finalement libérée le 3 septembre 1944.
Lyon se prépare comme toutes les autres villes à la guerre en 1939-1940 et ne connaît pas d'évènement particulier durant la drôle de guerre. Lors de l'invasion, Lyon ne connaît pas de combats, son maire Édouard Herriot ayant obtenu le statut de ville ouverte pour son agglomération. Si les Allemands ne restent pas longtemps, un très grand nombre de réfugiés s'installent à Lyon durant l'été 1940. La ville connaît entre cette date et novembre 1942 la même vie politique unique faite de censure et de propagande officielle vichyste que l'ensemble de la France libre. En revanche, Lyon connaît un très riche réseau de résistants, regroupant toutes les tendances qui fondent rapidement un grand nombre de mouvements et d'organes de presse clandestins. Toutefois, comme partout, la majorité de la population reste sur cette période fidèle à la figure du maréchal Pétain, à l'image du cardinal Gerlier.
Après l'invasion de la zone sud, Lyon subie une répression importante, due à la fois à l'importance des mouvements résistants locaux et au fait qu'elle est une tête importante de la répression au niveau régional. La population a à cette époque perdu la confiance dans le gouvernement de Vichy et connaît des années de privations sévères. Les mouvements résistants procèdent à des actions de plus en plus nombreuses et hardies, et subissent en retour des pertes importantes, dont l'arrestation de personnalités majeures des mouvements de résistance tel Jean Moulin. Lourdement bombardée à la fin du conflit, la ville est libérée début septembre 1944 par l'armée américaine et les Forces françaises libre. La direction des Forces françaises de l'intérieur décide de ne pas procéder à un soulèvement auparavant, manquant d'armement et craignant une riposte aveugle.
LA PRISON MILITAIRE DE MONTLUC SYMBOLE DE L’OPPRESSION NAZIE
La prison militaire de Montluc, localisée en face du fort Montluc, ouvre ses portes en 1921. Utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle devient prison civile à partir de 1947 et ferme ses portes en 2009 comme maison d’arrêt pour femmes.

Prison militaire du régime de Vichy de 1940 à 1943, elle est réquisitionnée par l’occupant nazi à partir de janvier 1943 et ce jusqu’au 24 août 1944. Montluc est alors à Lyon et pour toute la région, la principale porte d'entrée vers la déportation et les exécutions. Lieu d’internement de près de 10 000 hommes, femmes et enfants durant l’occupation allemande, et notamment des enfants d’Izieu, de Jean Moulin et de Marc Bloch, la prison de Montluc est un lieu emblématique des politiques de répression allemandes dans la région de Lyon.

Le Mémorial National de la prison de Montluc ouvre ses portes au public en 2010 avec pour objectif de rendre hommage aux milliers de Résistants, Juifs, et otages, victimes des nazis et de Vichy, pendant la période de la Seconde Guerre mondiale, et de mieux comprendre la mise en place des politiques de répression.
Haut lieu de la Mémoire nationale, le Mémorial a rejoint en 2010 les sites gérés par le Ministère de la Défense, propriétés de l'État. Ces hauts lieux de la mémoire nationale évoquent chacun un aspect de la mémoire des conflits contemporains. Ce sont des lieux de cérémonies et de recueillement, mais aussi de transmission de la mémoire.

LES CHEMINS DE LA MEMOIRE SUR L’AGGLOMERATION
Sur capitale rhodanienne notons le CHRD, Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, situé 14 avenue Berthelot, dans le 7ème arrondissement de Lyon, à l’endroit même où Klaus Barbie officiait avec ses services de répression criminelle, au sein de l’école de santé, durant l’Occupation. Le CHRD est un musée, avec un service de d’archives et de documentation, traitant de la seconde guerre mondiale à Lyon, en France et dans le monde. Signalons aussi le Mémorial de Caluire dédié à Jean Moulin. Il est situé place Jean Gouaillhardou, dans la maison du Dr Dugoujon où la Gestapo arrêta le chef de la résistance française, sur dénonciation en 1943.
JPT


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